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John Baude : J'étais une îlePresse |
Revue EUROPE septembre 2008 |
| C’est dans Europe que John Baude a publié
ses premières nouvelles. Nous avions découvert à
cette occasion un ton singulier, des thématiques originales,
un style authentique, en un mot : un écrivain. Du moins pouvions-nous
l’espérer. Encore fallait-il savoir si l’épreuve
du passage au roman permettrait de tenir ou pas les promesses de cette
écriture. Ce premier roman confirme l’impression que nous
laissaient les nouvelles, et fait naître d’autres attentes
encore. Antonio, jeune homme d’une trentaine d’années,
a fui la grande ville pour se réfugier sur la petite île
de Bronda, une île imaginaire au climat méditerranéen.
Antonio s’est fait guide et accompagne les touristes dans les
parties sauvages de l’île et en particulier sur les pentes
du volcan qui la domine. Mais la communion avec la nature, qu’il
espérait partager avec les personnes qu’il escorte, n’est
pas au rendez-vous. Les touristes sont décevants et l’île,
qui n’échappe pas à l’économie mondialisée,
est l’objet de convoitises qui pourraient bien changer radicalement
son aspect et le mode de vie de ses habitants. Un incendie volontaire,
la mort d’un homme et les luttes sociales qui s’ensuivent
obligent Antonio, qui se trouve au pied du mur, à faire des choix
d’autant plus difficiles que le commencement d’une histoire
d’amour avec Vanessa, une jeune touriste, l’oblige en même
temps à d’autres remises en cause, le force à devoir
prendre d’autres décisions. Il découvrira qu’il
doit s’engager et se battre s’il veut concilier l’amour
et la fraternité. John Baude, pour un premier roman, fait preuve d’une
vraie maturité pour mener son récit. Le développement
de l’intrigue, les accélérations et ralentissements,
sont justes et efficaces. D’avantage qu’à tel ou
tel modèle littéraire, on songe parfois au cinéma
italien des années soixante, quelque part entre L’Avventura
d’Antonioni et Main basse sur la ville de Francesco Rosi. On pourrait être tenté de voir dans cet ouvrage un roman utopique. Ce serait sans doute faire fausse route. Si l’île sur laquelle se déroule l’intrigue et le pays auquel elle appartient sont des inventions de l’auteur, le monde qui est décrit est bien le nôtre. Plutôt qu’un roman utopique, J’étais une île est un roman de l’utopie. Il ouvre à son lecteur la perspective d’autres choix de vie possibles, il suggère une autre façon d’envisager les relations entre les êtres et de penser la lutte politique. Ce qui contribue enfin à faire de cet ouvrage un roman de l’utopie, c’est la langue de John Baude, une langue très travaillée, à la fois élégante et claire. Rendant parfois le sujet incertain, passant sans transition de l’un à l’autre, mêlant jusqu’à les confondre les points de vue du narrateur et des personnages, elle rend évidente, obvie, présente, l’idée de la communauté qu’il s’agit de constituer. Le titre du roman lui-même le suggérait. Ce faisant, c’est la langue même de l’auteur qui devient une arme pour lutter contre l’individualisme dominant. Ce qui n’est pas le moindre des tours de force du roman. Un ouvrage et un auteur à découvrir assurément. Karim HAOUADEG |
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