Les Editions Jean Paul Bayol
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Félicie Dubois : De l'ange à l'huîtrePr

 

Vivre FM Le sixième sens (émission du 01-02-2009) :

Ecouter :

http://le6emesens.net/2009/02/01/le-6eme-sens-106-avec-felicie-dubois/

 

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http://www.vivrefm.com/podcast/sons/FEVRIER/010209/6ES.mp3

 

 

France CultureStudio 168 (émission du 28-04-2009)

 

Ecouter :

http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/minuit_dix/fiche.php?diffusion_id=72730

 

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France Culture Studio 168

 

Chronique de Jean-Claude Bologne

 

http://pagesperso-orange.fr/jean-claude.bologne/lectures09.html#dubois

 

Félicie Dubois, De l’ange à l’huître, éd. Jean-Paul Bayol, 2009

« Romans », se définit ce recueil de quatre textes de longueur variable (celui qui donne son titre au livre en occupe presque la moitié) et indépendants l’une de l’autre. C’est nous avertir à la fois de leur profonde unité et, par le pluriel, de leur irréductible différence. Romans, et non nouvelles, car ils réussissent, par l’agencement des ellipses, des silences, à dessiner un personnage, raconter toute une vie, et non pas l’anecdote qui, parfois, leur sert de prétexte, et qui, bien sûr, ne sera pas racontée.

Voilà ce qui fascine dans ces textes : c’est le silence qui raconte. Les mots ne disent que le banal, le conjoncturel : une pancarte routière, un titre de journal, une notice d’utilisation... Le regard ne voit que l’anecdotique — une cigarette qu’on allume, un cantonnier sur la route, une rêverie en chaise longue — « et pourtant, Il en mettrait sa main à couper, quelque chose est arrivé. »

Pour savoir quoi, le lecteur n’a que ce livre, que ces mots, que ces pudeurs essentielles. Que disent les mots ? D’abord une musique faite de rimes discrètes, d’allitérations, d’assonances... Une langue d’une évidence sobre et d’une rare élégance. Une manière de nous faire comprendre que l’essentiel n’est pas dans leur sens, mais dans leur agencement. Et pourtant, les mots ne peuvent faire l’économie de leur sens. Les sens pullulent autour de nous, et celui qui, comme les narratrices de ces « romans », voudrait les percevoir sans discriminations, vivrait dans une agression verbale permanente. Ces récits mettent en scène la prolifération du signe dans notre monde de communication compulsive. Une avalanche de messages, publicitaires, utilitaires, avertissements ou bavardages, qui contraste avec le silence dans lequel se construit le véritable récit. En tenant un compte scrupuleux de ce qui lui arrive de plus anodin, Reine « observe en détail ce qui ne se passe pas ». À nous de le voir.

Le plus fascinant, à mon sens, de ces quatre « romans », le troisième, se résume à un bref journal de l’anodin tenu sur un an et demi et intitulé « une mouche vole ». Lorsqu’on se rend compte que les six derniers mois reprennent, dans un raccourci fulgurant, quelques phrases de l’année précédente, les silences prennent soudain tout leur sens. La phrase qui conclut le récit « Je sortirai les poubelles demain », prend alors une résonance inattendue.
La dialectique de la prolifération et du néant, qui constitue la matière même des mots mis en œuvre, est à la base du récit sous-jacent. Dans le ventre stérile qui n’a jamais porté de vie, « le chaos cellulaire se hâte inexorablement vers le néant d’origine. » On n’en dira pas plus. Peut-être vaut-il mieux se concentrer sur la conduite à tenir en cas d’incendie.

La profération forcenée de l’inutile devient alors une thérapie contre son envahissement. Dans une société qui nous dicte nos besoins, comment retrouver ceux qui sont réellement les nôtres ? Par le regard, à la lucidité assassine ; par les mots, qui réduisent à leur ridicule foncier les impulsions téléguidées. « Encore un effort et les désirs qui ne sont pas les siens ne seront plus que de mauvais souvenirs. » L’exploration de la banalité est une manière subtile de dire l’essentiel, au détour d’une phrase qui semblait creuse.

L’essentiel, la narratrice du quatrième récit a cru le trouver en s’éloignant de la ville, dans ces hauts plateaux dont la nudité semble nous rapprocher du néant. Fascinée par « ces paysages aux reliefs lointains », elle espère y trouver le lieu de repos, dans tous les sens du terme, la terre où se dévêtir de l’inutile, du passé, des échecs, où « se débarrasser de ce qui nous a échappé », et où disperser un jour ses cendres, avec celle de la femme qu’elle aime.
Mais elle a emmené ses mots dans ce pays où « il faut savoir se taire ; se faire passer pour de vieilles pierres. » Elle a retrouvé d’autres mots, qui ne lui appartiennent pas encore et qu’elle tente de s’approprier. Et des hommes, des femmes, avec lesquels il faut apprendre à vivre. « Le mimétisme est une loi de la conservation de la vie », écrit-elle après Jarry. Est-ce une autre façon de s’oublier, de faire le vide en soi ? Ce n’est pas sûr. Le retour à Paris, où elle retrouve l’amie qui constitue la seule ligne droite dans cette vie « en pointillé », a le goût doux amer de l’échec et de l'apaisement. Une petite plante pousse dans le bitume. Connaît-elle son nom ? « Non. - Qui le connaît ? Et pourtant, elle pousse. »