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Martine Roffinella : Recherches de fuite

 

 

http://www.discordance.fr/Martine-Roffinella-Borderline,1149.html

 

Interview : Martine Roffinella, Borderline attitude

par Dahlia, le 20.07.09

 

Voici plus de vingt ans que Martine Roffinella a publié Elle, un premier roman au succès fulgurant, notamment poussé par un passage très remarqué chez Bernard Pivot en 1988. Déjà timide et cachée derrière ses lunettes, Martine Roffinella pose les premières pierres de son univers : les fêlures de l’humain, la passion amoureuse paroxystique, l’amour de la langue vibrante. Romancière spécialiste des histoires fulgurantes, mais également nouvelliste, Martine Roffinella évoque le recueil Recherches de fuite, sa façon de travailler l’écriture et le rapport à son image de spécialiste de l’érotisme saphique.

On vous connait surtout pour des romans violents et passionnés qui mettent en lumière des sentiments extrêmes. On vous retrouve dans un registre plus inhabituel dans votre parcours puisque votre dernière incursion dans le domaine de la nouvelle, c’était Inconvenances, un recueil qui gardait votre empreinte de cruauté et de soufre... Considérez-vous Recherches de fuite comme un chemin de traverse très différent dans vos livres ?

Recherches de fuite est effectivement un ouvrage qui peut paraître assez différent de ce que j’ai publié jusqu’à présent. Mais si l’on y réfléchit, ce qui m’intéresse depuis plus de vingt ans, c’est toujours l’observation minutieuse des obsessions et passions humaines. Cette exploration a pu passer, surtout quand il s’agit d’un roman à la première personne, par l’expression de la démesure ou de la rage. Dans Recherches, j’ai voulu approcher les failles humaines, montrer le basculement des êtres lorsqu’un grain de sable vient bousculer leur existence - un simple détail insignifiant la plupart du temps -, par le biais d’un regard ironique et davantage porté à la dérision. L’observation est plus distanciée. Un peu comme si j’avais filmé ces histoires avec un franc désir d’en rire... parfois jaune. J’ai aussi voulu, secrètement bien sûr, me moquer de moi-même, et je dois avouer que je m’y suis beaucoup amusée !

Dans Recherches de fuite, on est au coeur de Montmartre puisque vous resserez toutes vos nouvelles autour de ce quartier de Paris qui devient presque un personnage à par entière. Cependant vous écartez volontairement l’effet Amélie Poulain et la carte postale... Pourquoi cet attachement très fort à cet endroit ? (que d’ailleurs vous délimitez très précisément !)

J’ai souhaité situer les sept histoires dans un périmètre très proche de mon domicile, sur ce premier tiers de la Butte assez peu connu, précisément, des touristes. Il n’est d’ailleurs pas rare que des gens me demandent dans la rue : « S’il vous plaît, comment va-t-on à Montmartre ? » Et je réponds : « Mais vous y êtes ! » C’est dire... Vous évoquez Amélie Poulain... Je n’ai pas aimé ce film, ni l’image de Montmartre qu’il en donne. Vous l’aurez compris : je fuis résolument les bobos et leur pseudo culture branchée...

Vous parliez de l’observation des failles de l’âme humaine. De fait les personnages que vous dépeignez dans ce recueil ont tous une obsession à la limite du maladif : s’ils n’arrivent pas à l’apprivoiser, elle les emporte et parfois au sens le plus tragique du terme... Dans vos romans, pareillement vous vous attachez à décrire des freaks dont l’âme est souvent brisée et borderline. En termes d’écriture, est-ce une souffrance ou une joie ?

C’est une joie lorsque je parviens à approcher d’assez près les failles humaines, à les explorer de la manière la plus juste qui soit. Comme je travaille sur l’infiniment petit, ma marge de manoeuvre est elle aussi très étroite, je n’ai pas droit à l’erreur. Donc : je suis heureuse lorsqu’une phrase sonne juste - et désespérée lorsque je ne parviens pas, tel un artisan malhabile, à restituer très exactement ce qu’un personnage ressent à un instant T. L’instant T du basculement. Quelquefois, cela consiste juste à retranscrire un silence. Corps à corps épuisant...

En somme, votre angoisse à vous, votre névrose, c’est celle de la phrase juste ?

Quand j’écris, je réponds à une sorte de musique ou de tintamarre sous mon crâne. Il faut que les accords ou le chahut que j’entends dans ma tête sonnent juste. Tant que je ne parviens pas à une forme d’harmonie, ou à une forme de cacophonie pour certains, je retravaille mes phrases à l’infini. Et comme je suis une parfaite obsessionnelle, cette recherche de l’accord parfait peut durer un certain temps. Pour mon roman Les Indécises, j’ai ainsi commis 14 versions du texte avant d’être à peu près satisfaite du résultat...

Votre roman Le fouet a été réédité en février dans une collection désignée comme représentante des classiques contemporains de l’érotisme. Comment l’avez-vous vécu ?

La quatrième de couverture dit plus exactement que je suis « actuellement considérée comme l’une des grandes représentantes de l’érotisme saphique dans la littérature française ». Je ne sais pas si cela doit m’enchanter ou non. Je vous avoue ma perplexité.

Ca vous gêne cette étiquette qu’on vous colle ?

Quand j’étais plus jeune, cela me pesait horriblement, j’avais l’impression d’être enfermée dans un registre dont il me serait impossible de sortir. Très prétentieusement je pensais que je pouvais prouver mes « talents » ailleurs que dans « l’érotisme saphique » ! De surcroît, paradoxalement, je suis quelqu’un de très pudique, et je ne me sentais pas très à l’aise avec cette définition que l’on donnait de mes écrits. Mais aujourd’hui, à 48 ans, je dois vous avouer que cette sorte de classement m’indiffère. L’essentiel n’est-il pas de travailler, de s’atteler à la tâche d’écrire, qui n’est pas mince, et de donner ce que l’on possède de meilleur ?

Dans vos livres transparait souvent ce que j’appelle l’érotisme de la tristesse avec cette impossibilité du bonheur dans l’amour, quelque chose de destructeur dans le sexe... Et pour vos personnages les plus grands moments de joie charnelle se trouvent dans la nourriture, comme un palliatif. Y compris dans Recherches de fuite où ils sont tous de grands solitaires qui ne prennent jamais autant de plaisir que lorsqu’ils achètent les douceurs des commerçants de Montmartre !

Oui, c’est juste. A un détail près : même lorsque les personnages connaissent leurs plus grandes joies charnelles avec la nourriture, ensuite il leur faut régler l’addition, si je puis dire. Ils jouissent, certes - mais après il leur faut affronter leur « punition »... Donc, il y a de toute manière soit une incapacité à jouir, soit une interdiction de jouir - puisque la sanction, dans ce dernier cas, est immédiate. Dans l’ensemble, vous avez raison d’évoquer « l’impossibilité du bonheur dans l’amour », car il est vrai que je n’y crois guère. Il peut y avoir des instants de plénitude absolue, mais ils ne peuvent être rangés dans un « tout » qui s’appelle bonheur. Rappelez-vous cette merveilleuse chanson de Léo Ferré : « Avec le temps »...

Y a-il des choses qui vous influencent plus que d’autres pour écrire ? Des musiques, des lectures ou êtes-vous attachée à des rituels à la limite du monacal ?

On ne peut pas vraiment parler de « choses qui m’influencent ». Au départ de chaque livre, il y a un détail du monde, de la société, ou de la nature humaine qui me frappe - fragment minuscule la plupart du temps, qui est ensuite remisé dans un coin de ma tête et y macère pendant une période plus ou mois longue. Et puis, un jour c’est le bon moment, l’instant « T », et une histoire se déroule. Quant aux « rituels », non, je n’en ai pas vraiment. Je suis juste ingérable et asociale. Le moment que je préfère, lorsque j’entame l’écriture d’un ouvrage, c’est celui où les personnages prennent le dessus sur moi, où ils deviennent incontrôlables. Celle qui fut mon éditrice pendant vingt ans, Jane Sctrick, me disait toujours : « Martine, ne vous forcez jamais à écrire ; attendez que ce soit au bord des lèvres. »



 

 

 

L'Hippocampe associé

http://www.hippocampe-associe.com/article-31074207.html

Un air de poésie bizarre ... Martine Roffinella

Je me souviens qu’il y a quelques années une sorcière hantait les placards à balais de la rue Mouffetard. A lire Recherches de fuite, il semblerait que souffle sur certains quartiers parisiens, à commencer par les quartiers qui montent plus haut que le niveau de la mer, un vent de folie douce, un air de poésie bizarre, une drôle d’ambiance, en somme.

Martine Roffinella est témoin de ce qui se trame dans les appartements de la butte Montmartre. Y logent des personnages doucement hitchkoquien, radicalement border-line.

Chaque nouvelle est l’histoire intime d’une modification, d’un retournement, d’un demi-tour. Pas violents, mais définitifs.

Ce recueil c’est l’autre petit train de Montmartre, un petit train fantôme, qui nous invite à cette visite pas banale.

 


 

 

Pillow-books – Le blog d'Agnès Séverin

 

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Adresse de l'article : http://pillow-books.over-blog.com/article-30871212.html

 

Martine Roffinella, nouvelle Anna Gavalda ?
Rencontre

 

A priori, Martine Roffinella c’est l’anti-Gavalda. Jusqu’ici sa marque de fabrique, c’était ces romans d’alcôve affriolants, théâtres de souffrances délicates. Brillants, subtils, subversifs, débordants de désirs peu avouables. Tous parcourus d’une violence légère, ultra sophistiquée.

« Je ne suis pas politiquement correcte », confie la discrète à la terrasse de la brasserie Le Nemours, sous les arcades du Palais-Royal. « Je ne dis pas ce que les gens attendent. Je n’aime pas Obama. J’aurais voté pour Hillary : elle est beaucoup plus intelligente. Il a été élu grâce à son Blackberry ! ». Inféodées à leurs désirs, animées par la saine et délectable colère d’Inconvenances, ses héroïnes n’ont, pas plus qu’elle, à voir avec la douce Amélie Poulain. Et pourtant.

Au pays d'Amélie Poulain

Virage à 90°, avec son dernier recueil de nouvelles, l’impossible Martine Roffinella change de registre. Publié chez un nouvel éditeur toulousain (un banquier qui y a investi son golden parachute, mais oui vous avez bien entendu…), Recherche de fuites rappelle l’atmosphère douce-amère de Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part, les nouvelles qui firent connaître Anna Gavalda. C’est aussi une chronique parisienne des travers et des faiblesses de ses contemporains. Poésie minuscule.

Montmartre Parano

Une mère et sa (vieille) fille joyeusement obsessionnelles. Un plombier qui voit des lézards partout. Une cinquantenaire traumatisée par la petite ride rose, là. Une autre qui cavale dans les escaliers de Montmartre pour effacer les traces des éclairs au chocolat. Un écrivain manipulé par une arriviste diabolique. Tous habitent sur la célèbre butte, dans un petit périmètre de rien du tout.

Montmartre, c’est le fief de Martine Roffinella : elle n’en sort pas. Ses trajets dans le quartier sont réglés comme du papier à musique. A 12 heures 45, elle descend acheter Le Parisien (elle se délecte des faits divers) et le pain (elle adore). A 18 heures 15, elle sort faire son marché (sauf si le téléphone sonne).

Manie de haute précision

Rassurante, l’unité de lieu rappelle le cocon d’une scène de théâtre. Tous y verront soudain leur quotidien déraper pour un petit rien, le grain de sable dans la machine trop bien rodée de l’habitude. Par-delà l’anecdote, la psychologie qui sous-tend l’intrigue de chacune de ces nouvelles obéit à une mécanique de haute précision.

Ces gens banals ont tous un petit quelque chose en commun avec nous. Une faiblesse, une angoisse, un tic. « La faille », c’est ce qui fait leur charme et rappelle, dans cette « observation glaciale des solitudes urbaines », la tendresse d’Anna Gavalda pour ses anti-héros. Au départ de chaque histoire, il y a un petit détail inspiré de la vraie vie. « Un petit truc qui m’avait choqué et avait pu rester des années dans un coin de ma tête ». Le petit fait vrai. Comme ce sac de voyage garanti 30 ans. Ce plombier gracieux qui vous lance « Si le mur est sec c’est que vous ne vous lavez pas ! ». Cette grand-mère morte d’une crise cardiaque dans un fait divers en voyant un serpent remonter dans ses canalisations.

« J’y ai mis un peu de mes phobies et de mes lubies », note Martine Roffinella, à l’affût du moment « où tout bascule. Des gens comme ça, on en croise tous les jours. Seulement il y a un truc ». Trouver la phrase charnière, ménager cet instant étrange où tout bascule pour sombrer dans l’absurde, peut lui prendre toute une journée.

Trois ans de « chirurgie d’écriture »

« Tu as attaqué à six heures du matin, à 23 heures, tu y es encore », confie l’ancienne « rewrieteuse » des éditions Phébus, passée par l’assurance, la pub et les ateliers d’écritures dans les prisons. « C’est à se taper contre la tête contre les murs ! Comment veux-tu aller dans les cocktails ? Comme le disait Oran Pamuk il n’y a pas longtemps : la vie d’un écrivain est forcément sinistre. C’est la vérité ».

Ce petit bijou de lucidité et de drôlerie au chevet de « l’infiniment petit » a demandé trois ans de travail. « Le premier jet m’a demandé une journée mais j’ai écrit dix, quinze, vingt versions de chaque nouvelle. Je voulais que la psychologie soit précise à l’adjectif près, à la virgule près, au point-virgule près. C’est une chirurgie d’écriture mais je ne voulais pas que cela se voit. Je voulais faire quelque chose de léger que tout le monde puisse lire, une petite récréation dans la vie des gens ».

Que Martine Roffinella se rassure, dans ces « petites histoires sur le fil » sa maniaquerie stylistique s’efface littéralement derrière l’émotion, toujours originale. Ces petits contes cruels s’avalent d’une seule traite. Un régal de tendresse vacharde, de folie douce.


Chronique d'Érik Poulet sur Triage FM 94.5 (en Bourgogne) et sur www.triagefm.fr :

(Diffusions les mercredi 6 mai à 8h45, jeudi 7 à 18h45 et samedi 9 à 12h45)

 


« Couleur Papier »

L’Actu du Livre - Les coups de cœur d’Erik Poulet

Pour écouter la diffusion de la chronique, composer http://www.triagefm.fr/

« Recherches de fuite », le dernier recueil de Martine Roffinella nous introduit au sein d’une galerie de portraits de certains de nos contemporains psychorigides ou monomaniaques, dans le périmètre mythique de la Butte Montmartre. Même si l’on n’est déjà plus dans le sillage d’Amélie Poulain, ce livre aurait pu aussi s’appeler « Chroniques extraordinaires de Montmartre ». L’auteure n’hésite pas à dévoiler la psychologie intime, les travers du genre humain, des êtres percés à vif, mis à nu. De la première à la septième nouvelle, un fil rouge tel un garde fou nous guide vers un duo mère-fille d’âge mûr plutôt burlesque, disons tragi-comique, un locataire obsédé par la pseudo présence d’un gros lézard dans son mur, une secrétaire en pleine ménopause trop gourmande et fâchée avec sa balance, un voisin trop curieux qui lorgne sa voisine d’en face, ou encore un vieil homme invalide, victime de l’ingratitude de ses futurs héritiers, une hypocondriaque sans pitié à l’affût d’un cancer potentiel, et enfin un romancier avide de reconnaissance prêt à se faire passer pour mort pour être enfin publié à titre posthume… On l’aura compris, Martine Roffinella affectionne les personnages décalés sur le principe des nouvellistes latino-américains comme Quiroga. Elle décape à la lumière des néons le quotidien des univers étroits d’êtres fragiles, centrés sur leur propre existence. Laborantine de la belle langue, elle met les formes, ose le ton, y met la manière sans oublier l’art, l’humour et la pertinence. Une élégance du verbe pour démasquer l’autre avant de lui tendre un miroir. En seconde lecture, on ne peut ignorer par ailleurs l’accent mis sur la solitude intérieure qui frappe chaque individu, à l’heure ou à l’âge des bilans. A noter enfin la chute de chacune de ses nouvelles, avec une pointe acidulée ou épicée, selon, et comme on les aime, à la manière peut-être de William Boyd ou de Raymond Carver. Même si le travail de Martine Roffinella sait trouver sa place, seul, sans le besoin immédiat d’une comparaison. Peut-être serait-il temps qu’Annie Saumon, seule nouvelliste en France reconnue comme telle, ne soit plus l’arbre qui cache la forêt ? La pépinière est prometteuse !

« Recherches de fuite » de Martine Roffinella, est publié aux jeunes éditions Jean-Paul Bayol.

 


Le 6e sens

le 17 mai sur VIVRE FM 93.9 (en région parisienne) et sur www.vivrefm.com le dimanche de 12h à 13h (rediffusion à 21h et à 2h et le vendredi à 16h)

http://www.vivrefm.com/index.php?file=em_6sens

Pour écouter l'émission : http://www.vivrefm.com/podcast/sons/MAI/170509/6ES.mp3

Pour la télécharger (clic droit/enregistrer la cible)


Chronique de Jean-Claude Bologne

http://pagesperso-orange.fr/jean-claude.bologne/lectures09.html#roffinella

 

Martine Roffinella, Recherches de fuites, J.P. Bayol, 2009.

Comment réagir quand le quotidien se met à vaciller ? Les sept nouvelles de ce recueil, toutes situées avec un soin minutieux dans les rues populaires ou bourgeoises de Montmartre, partent d'une situation banale, d'une expérience courante, de la vie de tous les jours. Une recherche de fuite dans un appartement pourtant refait à neuf. Une roulette qui casse à une valise encore sous garantie. Une balance qui s'obstine à ne pas récompenser vos efforts pour perdre un peu de poids. Une voisine exhibitionniste qui réveille le voyeur qui dort en vous. Un héritage attendu par des neveux impatients. L'apparition de la première ride. Et, bien sûr, l'envoi d'un manuscrit à un agent littéraire. On sent le déclic qui a mis en marche l'imagination de l'auteur. Ici, la logique poussée jusqu'à l'extrême (un incident à la vingt-neuvième année d'une garantie de trente ans) ; là, le délire qui amplifie un dysfonctionnement incompréhensible (un gros lézard vit-il dans le mur ?). Tout l'art de la nouvelle coniste alors à renverser d'un coup la situation que l'on a lentement laissé dégénérer, dans une pirouette finale poétique, humoristique ou dramataique. L'ironie du destin a sa morale, paradoxale, surprenante, mais toujours généreuse. La façon dont les héritiers impatients se retrouvent grugés est désopilante, et les caprices de la balance arrivent à cette conclusion à laquelle nous avons tous envie d'adhérer : "Martine se dit alors que le bnheur pesait moins lourd que les petites joies, et que c'était ce qui en faisait la rareté. Sans doute."

Cette chasse aux idées fixes, aux petites monomanies quotidiennes, finit parfois de façon dramatique. Même ironique, le destin peut se montrer cruel. Mais les nouvelles sonnent juste, parce que les personnages semblent croqués sur le vif (une palme pour Emma Saint-Galmier, l'agent littéraire qui connaît tout le monde et que nous connaissons tous), et que les petits incidents qui font déraper la vie nous sont tous arrivés. L'erreur des personnages réside dans leur obstination à refuser la logique de la vie, à vouloir imposer leur point de vue contre la triste réalité des choses, des objets et des hommes.

Et surtout, il y a ce goût de la langue que partagent peu ou prou tous les personnages, de façon plus sou moins affichée. Certains écrivent un journal, d'autres relèvent les fautes de français, mais tous ont un regard décalé sur leur propre langage. L'usage des guillemets, des italiques ou des parenthèses met systématiquement en perspective leurs propos et leurs pensées. Une incise ("comment dire ?" "C'est le mot"...) les retient, et nous retient constamment d'adhérer au discours. Une manière discrète, mais efficace, de nous rappeler leur erreur foncière : s'être trop pris au sérieux.