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Lien vers le comité de soutien à Yvan Colonna

 

   

Gérard Amaté : L'Affaire Colonnase

16/22 décembre 2010

source : http://www.monde-libertaire.fr/expressions/item/14091

Deux ouvrages sur l’affaire Colonna

La justice est une vertu, à savoir une disposition constante qui porte à faire le bien et, a contrario, à éviter de faire le mal. Ce vocable ne supporte pas l’à-peu-près et encore moins ceux ou celles qui le manipulent en toute conscience. On se demande encore comment, partout dans le monde, les États en principe souverains, ont tous eu l’idée saugrenue de nommer justice l’institution chargée de dire ce qu’est le droit. Car, en son nom, que de droits fondamentaux ont été bafoués et surtout que d’erreurs judiciaires ont été commises à l’encontre d’hommes et de femmes instrumentalisés par cette dernière aux ordres du pouvoir.

Une démonstration implacable vient conforter ce terrible constat. Elle est l’œuvre de Gérard Amaté, libraire à Lyon, qui a eu l’idée de comparer les procès Dreyfus et Colonna. Édifiant…
Bien que plus d’un siècle sépare ces deux procès, on se rend compte qu’en France rien n’a changé. Au nom de la « raison d’État », on peut faire condamner n’importe qui. Pour Dreyfus, un bordereau dont on savait que l’accusé n’en était pas l’auteur servit de justificatif. Rappelons que le jeune capitaine était juif et que cette communauté dérangeait déjà à l’époque. Quant à Yvan Colonna, des dépositions précises recueillies dans le cadre d’une garde-à-vue musclée indiquaient qu’à l’heure du crime, celui-ci se trouvait à 50 kilomètres de l’endroit où il avait été commis ; en outre, des dépositions sans équivoque devant la cour d’assises le mettaient hors de cause.

Dreyfus : tribunaux militaires. Colonna : Cour d’assises spéciale (ex-Cour de sûreté de l’État). Pas vraiment le genre d’endroit où l’on essaie de faire jaillir la vérité.
Les militaires, les magistrats réquisitionnés dans ces tribunaux d’exception ont un road-book, à savoir un scénario préétabli. Le procès public n’est là que pour amuser la galerie. Il est d’ailleurs étonnant de voir comment la presse réagit à ces simulacres de procès. Là encore, Gérard Amaté s’est penché dans un deuxième ouvrage sur le comportement de la presse française pendant les deux procès Colonna. Consternant…

L’assassinat du préfet Érignac remonte à 1998. À cette époque, Jospin était Premier ministre, Chevènement ministre de l’Intérieur. Ils étaient en charge de la sécurité et ne pouvaient donc que cautionner le travail de la police, ses réussites mais aussi ses errements, ses ratés. Puisque celle-ci présentait Colonna comme l’assassin en fuite, le PS et tous ses dirigeants allaient faire leur cette « thèse » obtenue au forceps…

Quant à la presse amie, Libération, Le Nouvel observateur, L’Humanité, Le Monde, pas d’états d’âme ! Cette thèse sera aussi la leur. On s’est donc retrouvé devant le paradoxe suivant : voir des journaux comme Le Figaro ou Le Parisien prendre du recul et devenir critiques, notamment lors du déroulement du second procès. Gérard Amaté analyse cette bataille de presse et met en cause l’honnêteté intellectuelle de journalistes dits de gauche, ces godillots de la pensée socialiste. Cette démonstration est accablante et permet d’expliquer en partie pourquoi les journalistes ont mauvaise presse dans l’opinion publique. Ce qui s’est passé dans ces procès Colonna, ce copinage avec le pouvoir détenteur de la vérité officielle jettent l’opprobre sur leurs signatures.

On sait maintenant que la Chambre criminelle de la Cour de cassation a cassé le second verdict et qu’un troisième procès va avoir lieu. On souhaite bien du courage à ces futurs juges pour se démarquer de la vérité officielle. On rappelle que dans le droit pénal français, c’est à l’accusation d’apporter les preuves de la culpabilité d’un accusé, et non à ce dernier d’apporter les preuves de son innocence. Ce n’est pas une simple lapalissade. Tant que les jugements de cours d’assises, qu’elles soient ordinaires ou spéciales, ne seront pas motivés, on continuera d’assister à des verdicts dignes du n’importe quoi qui continueront d’enchanter les larbins de la presse aux ordres. Alors vigilance et plus que jamais de la rigueur intellectuelle dans la tenue de ces procès, plus particulièrement dans le Colonna 3 prévu fin 2011, début 2012.

Philippe de Mérignac

Gérard Amaté, L’affaire Colonna : une bataille de presse, Éditions Jean-Paul Bayol, 2009.

Gérard Amaté, Dreyfus et Colonna : lettre ouverte à François Hollande, Éditions Jean-Paul Bayol, 2010.

 
 

Mardi 1er septembre 2009

source : http://www.corsematin.com/ra/justice/209145/yvan-colonna-gerard-amate-le-proces-en-appel-a-ete-indigne-de-la-republique

Gérard Amaté : "Le procès en appel a été indigne de la République"

 

Gérard Amaté, libraire à Lyon et révolté par le procès Colonna...

Voilà ce qui est écrit au dos du bouquin (1) : « Gérard Amaté n'aime pas l'état. Il est libraire à Lyon ». Impossible de brosser un portrait de l'auteur plus laconique que ça, mais il est suffisamment révélateur de ce qu'on va découvrir à l'intérieur : une analyse comparée, et surprenante par moments, des chroniques judiciaires de la presse nationale sur le procès en appel d'Yvan Colonna, condamné le 27 mars dernier à la réclusion criminelle à perpétuité. Puisqu'il prend lui-même parti, on peut considérer qu'il est de parti pris. Mais l'éclairage est assez pertinent pour en savoir un peu plus...

 

Qu'espériez-vous démontrer en disséquant ainsi le comportement de la presse nationale vis-à-vis du procès Colonna ?

J'avais été choqué qu'on condamne Yvan Colonna, non seulement sans preuve et sans aveux, mais contre l'avis des experts, et contre les dépositions des témoins directs du crime. C'était un déni de justice. J'ai été scandalisé qu'une presse de gauche s'emploie à favoriser cette condamnation, décidée sans justification légitime. C'était mépriser le principe démocratique d'une justice égale pour tous et indépendante du pouvoir exécutif. Comme beaucoup de mes amis de gauche n'avaient pas remarqué ce scandale, j'ai tenté de le leur montrer.

Et comment expliquez-vous ce paradoxe d'une presse de gauche favorable à l'accusation et d'une presse de droite nettement plus critique ?

C'est sous le gouvernement Jospin que l'instruction de l'affaire Erignac a eu lieu, désignant Yvan Colonna comme l'assassin.

Aussi a-t-on encore vu cette année l'ex-ministre de l'Intérieur, Jean-Pierre Chevènement, et l'ex-premier secrétaire du PS, François Hollande, exprimer leur certitude d'une culpabilité de l'accusé. Ils justifiaient ainsi leur activité passée. Les journaux liés au PS ont fait de même, avec une hargne d'autant plus forte que l'enquête et l'instruction de cette affaire s'avéraient avoir été désastreuses, même à leurs propres yeux.

La presse de droite s'est comportée plus sereinement et plus honnêtement. J'ai tendance à croire que la dictature du politiquement correct y est moins forte qu'à gauche.

De la part de certains chroniqueurs judiciaires, c'était de la mauvaise foi ou un manque de discernement ?

Il y a eu, c'est certain, un manque de discernement, de la paresse intellectuelle et de la lâcheté à laisser condamner Colonna sans rien dire. Mais dans le cas de Libération, par exemple, c'est très nettement du parti pris, celui de la raison d'état.

Quel est l'organe de presse qui, en définitive, a été le plus objectif à vos yeux ?

Le travail de Stéphane Durand-Souffland, au Figaro, a été largement qualifié d'exemplaire.

Vous-même, faites-vous vraiment preuve d'objectivité ?

Le sujet de ce livre obligeait à l'objectivité, puisqu'il s'appuie sur les articles divergents et parfois contradictoires des journalistes qui assistaient au procès en appel. Leurs points de vue et leurs arguments sont rapportés.

La confrontation est souvent cruelle pour les anti-Colonna, mais je n'ai rien inventé, ni rien omis d'essentiel. Ceci dit, mes propres opinions sont clairement affichées.

Vous ne devez pas trop miser sur la promotion de votre livre dans la presse nationale...

A priori non, et même de la part des journaux dont ce livre salue le travail, car il en attaque trop d'autres, ce qui est gênant pour ceux qui aimeraient le défendre. Mais on ne sait jamais...

Quelles chances a, selon vous, Yvan Colonna d'obtenir gain de cause en Cassation et devant la Cour européenne des Droits de l'Homme ?

Ses avocats pensent avoir toutes les chances de leur côté devant la Cour européenne. Ils sont moins sûrs de leur fait en ce qui concerne la Cour de Cassation, mais attendent qu'elle ait pris sa décision pour, éventuellement saisir la Cour européenne.

Quels sont vos rapports personnels à la Corse ?

Strictement aucun ! Je n'y ai même jamais mis les pieds, ce que je déplore puisque la réputation de beauté de l'île n'est plus à faire. C'est en qualité de citoyen français que le procès Colonna m'a révolté. Je l'ai trouvé indigne de la République.

Pourquoi mettre en exergue en couverture le fait que vous n'aimez pas l'État ?

L'état n'est légitime que s'il respecte les libertés individuelles, parmi lesquelles le droit à une justice équitable. S'il y manque, il est haïssable. Et dans cette affaire, il y a manqué.

(1) L'Affaire Colonna. Une Bataille de Presse. éditions Jean-Paul Bayol. 154 pages. 14,90.

Propos Recueillis Par Jean-marc Raffaelli


 

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Source : http://rebellyon.info/L-affaire-Colonna-bataille-de.html

L’affaire Colonna : bataille de presse et "justice" anti-terroriste

Publié mercredi 23 septembre 2009

Le sujet du livre est la justice antiterroriste, qui est à la justice ce que la fanfare de la Garde Républicaine est à la musique. Et comment en parle la presse, qui est parfois à l’information objective ce que l’innoubliable Agence Tass fut à la liberté d’expression.

En quatrième de couverture, l’auteur est ainsi présenté : "Gérard Amate n’aime pas l’Etat. Il est libraire à Lyon." En réalité, il bosse à la Gryffe, excellent établissement au demeurant, sis 5 rue Sébastien Gryphe, dans le 3e. On y trouve son livre, ce qui n’est pas le cas dans toutes les librairies lyonnaises : l’ouvrage est mal distribué et superbement ignoré par la presse.

On la comprend.

Il parle d’elle.

Car le sujet du bouquin n’est pas la Corse, ni l’irrédentisme insulaire, et encore moins le terrorisme.

Le bouquin raconte le procès en appel à l’issue duquel Yvan Colonna prit perpette et 22 ans de sûreté, sans preuve, sans aveux, contre l’avis des expertises légales qui l’innocentaient, et contre les dépositions des témoins directs du crime, jurant qu’il n’était pas l’assassin.

Le tout rapporté par différents médias, tels que le Figaro, France-Soir, Libération ou le Nouvel-Obs, sans oublier le Monde et le Parisien.

Sous le scalpel, une vérité apparait : le parti politique le plus acharné à perdre Colonna ne fut pas l’UMP mais le PS.

Et les plus ardents défenseurs de la raison d’Etat contre les immortels principes de 89, et ses libertés démocratiques, furent Libération, le Nouvel Obs, l’Humanité et, en définitive, Le Monde, après quelques hésitations.

Comme on pouvait s’y attendre, "L’Affaire Colonna" fait un tabac en Corse. Il vengera à Lyon ceux qu’une vieille addiction entraine à lire encore le quotidien des Rothschild et de Laurent Barbichette.

 


 

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source : http://endehors.org/news/dreyfus-et-colonna-bis

Aujourd'hui et demain arrive en librairie un livre particulièrement cher à mon coeur : le mien.

Il s'intitule "L'affaire Colonna", "Une bataille de presse".

Il raconte comment la presse nationale a rendu compte du procès en appel d'Yvan Colonna.

Il montre qu'en l'occurrence c'est la presse liée au PS, Libé, le Nouvel Obs, etc..., qui s'est faite la championne de la raison d'Etat, la défenderesse des polices, et la laudatrice des tribunaux spéciaux; tandis qu'à droite, on était plutôt scandalisé des manquements au droit, à la justice, et au respect des principes démocratiques que ce procès révélait.
Je ne vous la cache pas : on m'a dit qu'il y avait peu de chances, dans ces conditions, qu'on promeuve beaucoup ce livre dans les journaux.

Alors, autant que je la fasse moi-même.

N'y voyez pas un acharnement narcissique.

J'ai écrit ce bouquin pour contribuer à ce qu'on n'oublie pas Yvan Colonna au fond de son trou.

Ce n'est pas maintenant que je vais lâcher le morceau.

En voici un petit passage qui peut se lire à part :

Dreyfus et Colonna

Lorsque Me Pascal Garbarini, avocat de Colonna, avait qualifié ce dernier de "Dreyfus corse", François Hollande avait déclaré sur RTL : Cette comparaison me choque. Dreyfus a été condamné par une parodie de justice, un déni de justice, il a été victime d'un complot contre la vérité.(...) Cette comparaison est moralement inacceptable et politiquement intenable.
Le rappel au moralement et au politiquement corrects pour interdire toute comparaison s'imposait, car, en vérité, les ressemblances étaient frappantes.

Les deux condamnés étaient passés devant des tribunaux d'exception dont le jury était composé de magistrats, à la fois juges et jurés : militaires pour le capitaine Dreyfus, civils pour le berger Colonna. Leur culpabilité avait été affirmée en public, et avant tout jugement par des membres du gouvernement. Pour le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, Yvan Colonna avait été l'assassin. Pour celui de la Guerre, le général Mercier, Alfred Dreyfus était un espion.

Arthur Meyer, dans Le Gaulois, posa à l'époque cette question : " Quelle liberté restera-t-il au Conseil de Guerre appelé à juger ce prévenu ?" On se fit la même réflexion tout au long des deux procès Colonna : quelle liberté restait-il à la Cour d'Assises Spéciale, maintenant que Nicolas Sarkozy était devenu chef de l'État ?

Les condamnations de Dreyfus et Colonna n'avaient d'abord scandalisé personne. La presse n'y avait pas vu grand-chose à redire. Jean-Pierre Chevènement s'en était félicité. Jean-Jaurès s'était écrié à la Chambre : "... pourquoi laisser ce misérable traître en vie ?"
On avait condamné Dreyfus sur la foi d'expertises graphologiques contestables, et de témoignages émanant de l'armée. Pour Colonna, on s'était contenté de ceux de la police. Les expertises quant à elles lui étaient favorables, ainsi que tous les autres témoignages.
Dans les deux cas, un autre suspect s'était dénoncé du crime dont on les accusait. Alessandri, après avoir été condamné comme coauteur de l'assassinat, avait déclaré être le tireur. Esterhazy, après avoir été acquitté à l'unanimité d'avoir écrit le bordereau, avait confié à la presse qu'il en était l'auteur. On ne voulut croire ni le premier ni le second, et c'était pour le même motif : il s'agissait d'aveux gratuits.

Les aveux tardifs d'Esterhazy étaient sans conséquence pour lui, puisqu'on ne revient pas sur la chose jugée. Ils parurent suspects : en toute logique, cet espion aurait dû continuer à se prétendre innocent. Or il venait s'accuser d'avoir commis l'acte pour lequel on avait envoyé Dreyfus au bagne. S'il tenait tant à le sauver, c'est qu'il était son complice et, en réalité, son subordonné. Il sacrifiait sa réputation pour protéger son chef.

C'est ainsi que les anti-dreyfusards retournèrent en preuve de culpabilité l'aveu d'Esterhazy innocentant Dreyfus. De la même façon, les partisans de l'ordre avaient retourné l'aveu d'Alessandri : il ne risquait plus grand-chose, puisqu'il avait été déjà condamné à la plus lourde peine, à tenter de sauver la star du groupe. C'était bien la preuve de la place éminente qu'avait eue Colonna au sein du commando.

Les condamnations de Dreyfus et Colonna reposaient avant tout sur la conviction des enquêteurs. On en vint, dans les deux cas, à douter de ces derniers. À l'origine de la culpabilité de Dreyfus, il y avait eu le colonel Henry, et à celle de Colonna, le commandant Lebbos. Tous deux furent convaincus d'avoir fabriqué des faux durant l'enquête, et l'on s'aperçut un peu tard qu'il s'agissait de menteurs sans scrupule.

À un siècle de distance, le commandant Picquart pour Dreyfus, le commissaire Vinolas pour Colonna, tentèrent d'explorer d'autres pistes que celle de la culpabilité de l'accusé. Picquart s'occupa d'Esterhzy, Vinolas des membres du commando jamais inquiétés. Tous deux furent amplement moqués et diffamés, et se trouvèrent en butte à l'hostilité de leur hiérarchie. Leurs suppositions furent écartées par la justice.

Si Colonna fut condamné sur la base d'aveux anciens démentis à la barre, la condamnation de Dreyfus fut justifiée par des aveux qu'il aurait fait hors tribunal, au capitaine Lebrun-Renault, et qui sont entrés dans l'Histoire sous le nom de "légende des aveux".

Les juges qui avaient condamné Colonna n'avaient pu le faire sur ce qu'on avait vu pendant le procès. Celui-ci n'avait absolument pas démontré la culpabilité de l'accusé. On a parfois supposé qu'ils disposaient d'informations confidentielles, de nature à établir une conviction si contraire au déroulement des débats. Les juges qui condamnèrent Dreyfus avaient eu à leur disposition un dossier des services secrets dont on ignore encore le contenu. Ce qu'on en connaît par des révélations qu'en fit le général Mercier, ne prouvait pas la culpabilité du capitaine, mais, faute d'être contredit, il aida à en établir la conviction. Le président du Conseil de Guerre, Maurel, devait déclarer au second procès Dreyfus, qu'un seul de ces documents du dossier secret lui "fut suffisant". Il est établi aujourd'hui que la pièce principale de ce dossier, une lettre de l'attaché militaire de l'ambassade d'Allemagne, qui contenait l'expression "canaille de D...", ne concernait pas Dreyfus.
La particularité de l'Affaire Dreyfus fut de se dérouler en pleine vague d'antisémitisme. Depuis la publication de "La France Juive" de Drumont, en 1885, neuf ans avant le début de l'Affaire, celui-ci déferlait. En 1892, il eut son journal, "La Libre Parole" qui, le premier, signala qu'un juif était soupçonné d'espionnage. Tout au long de l'Affaire, ce même journal servit pour preuves de culpabilité les poncifs les plus lamentables de l'antisémitisme : le mensonge juif, la solidarité juive, la trahison juive, et l'absence de sentiment national français.

Un même argumentaire fut employé durant le procès en appel d'Yvan Colonna. Faute de preuve, et pour expliquer qu'aucun témoignage n'accablait l'accusé, on parla d'omerta corse, de mafia corse, de solidarité corse et de clan Colonna. Cette variante à l'usage des Corses de la xénophobie n'a pas la même portée politique que l'antisémitisme, mais elle en a eu la même fonction. Elle servit d'ultima ratio à ceux qui, dans leur désir de faire condamner un homme, ne trouvait plus la raison dans leur camp. Elle ne suscita pas beaucoup d'indignation en France, sauf en Corse, naturellement, et parmi la famille Colonna ainsi traitée d'organisation mafieuse.

La différence entre les Affaires Dreyfus et Colonna n'est pas dans l'iniquité dont les accusés furent victimes. À quelque chose près ce fut le même, et l'ironie de l'histoire veut qu'il y ait eu des ressemblances jusque dans les détails de ces affaires.
La différence réside dans l'indignation que cette iniquité provoqua. Il n'y eut pour Colonna que quelques journalistes et une opinion publique que les principales personnalités politiques du pays et les intellectuels les plus connus ignorèrent souverainement. Autre temps, autres moeurs, la cause de Dreyfus avait été largement défendue. Il est inutile ici d'évoquer Zola, qui fit de la prison pour elle, ni Clémenceau, Jaurès, ou Péguy, mais le leader de l'extrême-droite bonapartiste, l'antisémite Paul de Cassagnac, demandait dès 1896 la révision du procès : Par cela même que le châtiment encouru est plus effroyable, plus mérité et n'entraîne aucune compassion, il ne faudrait pas (...) qu'un doute subsistât, doute horrible, épouvantable, et qui autorise à se demander parfois, avec terreur, si réellement, si effectivement, et malgré toutes les précautions dont on s'est entouré, malgré l'honneur et le patriotisme des juges, il n'y a pas là-bas, à l'île du Diable, quelqu'un qui agonise dans un supplice moral surhumain et qui serait innocent ! Ce doute à lui seul est une chose effrayante.

Pour l'instant, il n'a pas effrayé grand monde parmi les partisans de l'ordre au XXIe siècle, au premier rang desquels il faut désormais compter ceux qui se réclament encore de Jaurès, de Zola, de la tradition républicaine, et de tous les combats pour la justice et les droits humains : les Socialistes. Voici pourquoi, après quatre ans d'emprisonnement, la condamnation d'Yvan Colonna fut confirmée, alors qu'après le même temps de relégation en Guyane, Alfred Dreyfus recouvrait la liberté. Il avait bénéficié de larges soutiens dans la classe politique, et particulièrement celui d'une gauche qui, aujourd'hui, préfère se porter au secours de la raison d'Etat.

Mis en ligne par okounine, le Lundi 31 Août 2009, 16:16 dans la rubrique "Actualité".


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source : http://www.causeur.fr/colonna-l%E2%80%99affaire-se-corse,2985

Colonna : l’affaire se corse

Le berger de Cargese est-il un assassin ou un trouillard ?

Publié le 15 septembre 2009 à 15h26 • 32 réactions • Imprimer

colonna

Six mois après la seconde condamnation d’Yvan Colonna à perpète, Gérard Amaté, un libraire “qui n’aime pas l’Etat”, publie à son tour un réquisitoire, mais cette fois contre la presse, accusée de n’avoir pas ou mal fait son travail, voire “aidé au crime”. Selon Gérard Amaté, la lourde peine du condamné n’est que l’aboutissement logique d’une enquête bâclée et d’un procès aberrant, où la raison d’Etat a prévalu sur la justice du début à la fin.

De là à comparer le sort de ce dernier à celui du capitaine Dreyfus, il n’y avait qu’un pas, que l’auteur franchit allègrement. Avec toutefois une nuance : c’est la presse de gauche (Le Monde et surtout Libération et L’Humanité), qui tient cette fois le mauvais rôle. Toujours sourcilleuse dès qu’il s’agit de défendre les “libertés fondamentales” et les droits de l’homme, elle a démontré dans ses comptes rendus de procès une partialité qu’elle est souvent prête à railler chez ses confrères conservateurs. Au contraire, c’est dans les colonnes du Figaro, du Parisien et de 20 Minutes que l’on trouve les articles les plus critiques – ou les plus sérieux – sur ce procès d’un homme contre lequel il n’y avait ni preuves ni aveux… Sans oublier le comportement des policiers et des juges, aberrant à bien des égards, qui avaient condamné d’avance le berger de Cargese.

Ses conclusions sont sans doute très exagérées, mais il n’en demeure pas moins que l’ouvrage de Gérard Amaté est un remarquable travail de compilation et d’analyse qui a, de surcroît, le mérite de révéler le travail de désinformation dont sont capables certains journalistes.

On ne peut cependant s’empêcher de penser que c’est faire bien de l’honneur à Yvan Colonna, dont le comportement depuis l’assassinat du préfet Erignac le 6 février 1998 présente lui aussi pas mal d’incohérences, sans parler de celui de ses complices.

Dénoncé dans un premier temps par Didier Maranelli, l’un des membres du commando, Colonna prend le maquis. C’est le rôle de sa vie : il se laisse pousser la barbe comme on le faisait dans les vendette au XIXe siècle, et commence une cavale de quatre ans qui s’achève par son arrestation dans une bergerie de Porto Pollo, chez un garçon tranquille qui a déclaré avoir agi par pitié pour le fugitif. Il n’avait jamais quitté l’île de Beauté, et avait réussi à échapper aux très méthodiques recherches du Raid – qui n’y est pas allé de main morte dans ses perquisitions et arrestations parfois délirantes de violence – parce que, tout simplement, il n’a pas voulu ou pu profiter de ces réseaux. Est-ce seulement dû aux dissensions qui agitent le milieu nationaliste corse ?

Après sa capture, voilà qu’il est ensuite innocenté de façon étrange par ses présumés complices, dont Didier Maranelli et Pierre Alessandri, qui déclare : “J’ai des reproches à faire à Yvan. Quand j’ai décidé de franchir le pas de la violence clandestine, j’ai espéré qu’il ferait partie de notre groupe. Ce que je lui reproche, c’est ça : d’avoir laissé Didier Maranelli et Martin Ottaviani monter au charbon alors que c’est lui qui aurait dû le faire, pour être cohérent avec son discours.” Et si le héros Colonna fuyait la justice non parce qu’il était innocent, mais parce qu’il était coupable de lâcheté aux yeux de ses camarades ? Dans cette hypothèse, on ne peut que déduire que ce dégonflé n’a pas tiré sur le préfet et on comprend mieux dans quelle situation impossible s’est retrouvé le pauvre garçon : innocent du meurtre, mais condamné par ses amis…

Autre fait troublant, on a pu remarquer dans l’île une certaine désaffection pour le héros, où graffitis et T-shirts frappés du slogan “Gloria a te, Yvan !” (Gloire à toi, Yvan !) ont mystérieusement disparu du paysage alors qu’il commençait précisément à risquer gros au tribunal. Sans parler de la rumeur publique, qui semble l’avoir condamné depuis longtemps, non pour l’assassinat du préfet, mais pour manque de courage. Et là, c’est perpète voire plus. En Corse, la peine de mort n’est toujours pas abolie pour celui qui “manque” à ses amis.


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source : http://www.radiogrilleouverte.com/index.php?option=com_content&view=article&id=51&Itemid=92

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Libraire : d’une affaire l’autre, c’est du procès Colonna que traite un libraire de Lyon, scandalisé par la condamnation sans preuve de celui qui fut présenté comme l’assassin du préfet Érignac ; et plus encore par la façon dont la presse a traité l’affaire, une presse qu’il décortique avec soin. Il?note que la presse de droite, notamment Le Figaro, fut plus critique sur le comportement des juges et le déroulement du procès qu’une presse dite de gauche, pourtant « prétendument soucieuse des droits de l’homme et des libertés fondamentales » (Politis échappe à ses foudres). Pour quelle obscure raison d’État ? La réponse est dans ce petit bouquin qui claque comme un coup de fouet [4].

http://www.politis.fr/Au-pied-du-tapin,9066.html