CONTRELITTÉRATURE
Un premier roman de François Cahen
1918 Forteresses

La guerre est un formidable matériau romanesque.
Le pire et le meilleur de l’homme s’y côtoient : le
sadisme et la bravoure, la veulerie et le sens de l’honneur, l’attrait
pour la mort et l’attachement à la vie. Ces contradictions
sont au cœur du roman de François Cahen, jeune historien
de 26 ans et qui signe là son premier roman. Autant dire que
François Cahen apparaît « décalé »
par rapport à sa génération : aux petites histoires
intimistes franco-françaises, il préfère le souffle
de l’épopée virile, l’odeur de la poudre et
des charniers, la chiennerie de la guerre qui change les uniformes rutilants
en manteaux de boue.
L’action de Forteresses se déroule dans
les Balkans, dans les derniers jours de la Première Guerre mondiale
et dans les semaines qui ont suivi l’armistice, moment crucial
pour l’Europe qui voit la dislocation des empires russes, prussiens
et austro-hongrois. On pense à Capitaine Conan de Roger Vercel,
mais aussi au Mors aux dents de Vladimir Pozner – deux livres
qui, à la façon de François Cahen, auront montré
combien l’Europe aura été autre chose que cette
zone de libre échange sagement gardée par de gentils fonctionnaires
bruxellois.
Dans Forteresses, on suit l’errance picaresque
de Herbert von Alugilac, colonel austro-hongrois à qui est confié
la mission suivante : rendre à un bolchevique une fille qu’il
a eue avec une paysanne serbe, morte dans les bras de l’officier.
Mais le bolchevique ne se laisse pas approcher comme ça : les
tenants de l’ordre ancien veulent lui faire la peau et lui-même
ne tient pas vraiment à assumer ses responsabilités de
père. On l’aura compris : ce roman n’est pas seulement
historique, il se veut aussi symbolique. En plaçant son action
dans les Balkans, c’est aussi de notre Europe dont veut nous entretenir
François Cahen : cette enfant serbe est la nôtre, fille
des Empires blancs et rouges. Ajoutons à cela qu’il s’agit
d’un formidable roman d’aventures qui ravira tous ceux qui
aiment découvrir l’Histoire à travers des destins
inouïs et pourtant vraisemblables. A travers ce livre, François
Cahen aura réussi à combiner avec talent sa passion de
l’Histoire et de l’écriture. Une nouvelle parution
s’impose. On l’attend avec impatience.
______________________________________________________Pascal Hérault
(Retrouvez l'auteur de cette chronique sur son blog)